Dans le Bulletin Catholique du diocèse de Montauban n°1 du 9 janvier 2008, Mgr Bernard Ginoux s’oppose à la légalisation du travail du dimanche :
« Une fois de plus, au nom des droits humains, au nom du respect de la liberté religieuse, les hommes et les femmes conscients de l’enjeu doivent combattre cette mesure contraire au bien social. [...] L’affirmation que, seuls les volontaires travailleront le dimanche, est un leurre. La loi du marché s’imposera et, devant la menace de perdre son emploi, aucun salarié ne pourra échapper au travail du dimanche. [...] Personne ne peut être dupe de ce prétendu « volontariat ». Peu à peu il n’en sera plus question : ce sera pour l’employé à prendre ou à laisser.
L’organisation du temps ne peut se faire quand, dans un famille et dans une société, personne n’a le même rythme : les enfants scolarisés et ceux qui vivent au rythme des écoles et des études se retrouveront seuls quand les adultes seront au travail. Inévitablement ce sont les personnes défavorisées qui seront contraintes de travailler le dimanche parce qu’elles sont en situation précaire. Ainsi va-t-on vers un éclatement plus grand de la cellule familiale. Il est donc urgent de s’opposer à cette institutionnalisation du travail le dimanche et les jours de fête. [...]
Cette rapide approche de la question me conduit en tant que citoyen français et évêque catholique à élever une protestation ferme contre ce glissement progressif vers la légalisation du travail le dimanche et les jours de fête. Ces mesures légales semblent, en apparence, respecter la liberté de chacun mais c’est un leurre : dans un contexte économique difficile les salariés n’auront pas le choix : nécessité fait loi ! »
#1 by Marie on 11 janvier 2008 - 23:56
Cela fait plaisir, enfin un evêque qui parle avec des mots simples, forts, et… documentés. Il a étudié son sujet, et prend parti. Bel exemple de courage qui devrait être suivi par nos politiques.
#2 by michel on 16 janvier 2008 - 1:23
Récusant toute tentation de défendre « des intérêts particuliers », le président de la Fédération des protestants de France (FPF), le pasteur Claude Baty, a choisi un ton volontairement décalé pour vilipender l’ouverture possible des commerces le dimanche. « La religion de la consommation serait-elle le culte officiel de la France laïque ? » s’interroge-t-il dans une tribune publiée sur le site Internet de la Fédération, le 13 décembre.
La multiplication des autorisations d’ouverture de magasins le dimanche, confirmerait, selon lui, « l’affirmation sans complexe du culte de la consommation animé par sa prophétesse publicité (…). Le supermarché est devenu le lieu de la célébration par excellence, où le travailleur fatigué s’enivre de musiques et de lumières pour mieux sacrifier dans la joie ». Tout en rappelant que la Bible préconise des jours de repos et de fêtes, « pour célébrer Dieu », le pasteur souligne que ce temps doit être l’occasion de « réfléchir sur la finalité de son action ». « Pourquoi travailler plus ? Pourquoi gagner ? Pour qui ? Pour quelle vie ? » conclut-il.
Egalement opposé à cette évolution, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, l’avait dénoncée lors de la messe de rentrée des responsables politiques, en octobre.
Sans nier la nécessité pour les catholiques de « vivre leur religion (le dimanche) sans avoir à se livrer à des acrobaties pour gérer leur calendrier », Mgr Vingt-Trois, devenu président de la Conférence des évêques de France, insistait aussi sur la perte de valeurs induites par une telle décision. « Les enjeux d’équilibre humain dépassent les enjeux particuliers d’une religion (…). Comment espérer que les familles pourront remplir leur mission éducative si on les entraîne, ou pire, si on les accule, à une atomisation du temps vécu en commun ? s’interrogeait-il. Les nécessités de la vie devraient pouvoir être satisfaites le samedi sans qu’il soit nécessaire que tous les centres commerciaux soient ouverts le dimanche. »
Dans une critique larvée du « travailler plus pour gagner plus », cher au président de la République, Nicolas Sarkozy, le cardinal soulignait : « Les employés doivent pouvoir gagner leur juste salaire sans être acculés à des horaires qui vont déstructurer l’équilibre de leurs relations familiales. » Le conseil pour les questions familiales et sociales de la Conférence des évêques poursuit sa réflexion sur le sujet.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-991028,0.html