Le dimanche pour tous

Monseigneur Georges PontierNous remercions Monseigneur Georges PONTIER, archevêque de Marseille d’avoir eu l’amabilité de nous faire parvenir ses réflexions associées à celle du Comité diocésain économique et social, dont nous publions de larges extraits.

Le Comité diocésain économique et social s’exprime contre la multiplication de dérogations qui permettent aux grandes surfaces de s’affranchir du repos dominical.

Le repos dominical nous rappelle que nos modes de vie nécessitent
• des temps ouverts non contraints par le rythme du travail, des moments d’échange, des temps de parole, des lieux de vie,
• et que le seul Jour de la semaine, où il est possible aux familles de se rencontrer. aux amis de se réunir, aux voisins de se parler et aux fidèles de prier ensemble, est évidemment le dimanche.
L’Église est fondée à rappeler aux fidèles de participer à la messe où se rassemble la communauté chrétienne le dimanche, jour qui commémore la Résurrection du Seigneur.

Certes, les églises sont rarement pleines pour l’office dominical et, dans une société devenue agnostique, il peut sembler conservateur de vouloir s’opposer à ce qui peut apparaître comme un fait de société.

Pourquoi refuser une mesure de souplesse qui permettrait aux commerçants de vendre plus, aux intérimaires de travailler un peu et aux consommateurs d’acheter davantage, si tel est leur bon vouloir ?

En réalité, il s’agit d’une position plus sociale qu’ecclésiale :
• Elle repose sur une conception de l’homme qui ne le réduit pas au simple rôle de consommateur.
• Elle souligne que la famille devrait apparaître comme le premier facteur de l’insertion, de l’éducation, de l’apprentissage de la vie collective, du lien entre les générations, de protection.
• Elle ne souhaite pas que la loi ouvre peu à peu des brèches à même de considérer le dimanche comme n’importe quel autre jour de la semaine.
Il y a déjà assez de personnes qui, du fait de leur métier ou pour des raisons économiques, sont contraintes de travailler le dimanche pour ne pas en rajouter.
Le dimanche doit rester temps de rupture, de repos et de respiration :
• Il doit être libéré des contraintes inévitables du cadre de l’emploi quotidien pour casser le rythme souvent soutenu des déplacements quotidiens domicile-travail.
• Il doit permettre à chacun de se ressourcer, compte tenu des conditions de travail souvent difficiles : pénibilité physique ou morale, charge intense de certains emplois…
Les employés des grandes surfaces, puisque c’est bien d’eux qu’il s’agit, ont le droit de vivre avec leur famille.
• En effet, le travail des ménages les conduit à passer plus de temps au bureau ou à l’usine que chez eux.
• Il faut absolument préserver les moments de rencontre avec leurs enfants, leurs parents, leurs amis.
• C’est dans ces temps de repos que se construisent la solidarité et le lien social, que se pratiquent les activités culturelles et sportives, que le ménage se retrouve.
Il serait fortement dommageable de les priver de cette humanité par des compensations financières.

Enfin du point de vue purement économique, peut-on vraiment penser que les familles consomment plus grâce à l’ouverture des commerces le dimanche alors que leur pouvoir d’achat ne change pas ?

Notre-Dame de la GardeLe Comité diocésain économique et social est convaincu que la modernité ne signifie pas l’abandon de ce qui permet à une société de fonctionner collectivement en proposant à ses membres un autre destin que la marchandisation du monde.

Les consommateurs ne souffrent pas d’une pénurie de grandes surfaces ouvertes largement les autres jours de la semaine. Ils peuvent satisfaire leur désir plus que leur besoin de consommer à d’autres moments que le dimanche.

A propos du travail le dimanche, il faut envisager deux approches :
• d’abord une approche anthropologique :
- La sagesse humaine doit nous amener à réfléchir sur l’importance des rythmes : temps de travail, temps de repos, temps consacré à la famille… Il faut les respecter sinon la société se délite.
- Le rythme économique entraîne une déstructuration de l’espace et du temps.
• ensuite une approche religieuse :
- l’Eglise doit favoriser le vivre ensemble en s’appuyant sur d’autres valeurs que celle de l’argent qui régit tout.
Outre le temps de repos, il y a celui de l’ouverture, celui du ressourcement, celui du contact avec la nature.

La préoccupation au sujet de la « marchandisation » du monde existe déjà hors du dimanche. Sur le plan spirituel, on peut rappeler que
notre vie a un autre sens que celui découlant de cette marchandisation.

L’archevêque de Marseille et
le Comité diocésain économique et social
Le 30 mars 2008.

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Le 8° jour, les chrétiens y tiennent ! Ce blog explique pourquoi les chrétiens pensent que la suppression envisagée du repos dominical est une formidable régression sociale.