Son Eminence le Cardinal Jean-Pierre Ricard, archévêque de Bordeaux depuis 2001 et ancien président de la conférence épiscopale (2001-2007), nous transmet aimablement l’éditorial du prochain numéro du journal diocésain Aquitaine.
Des groupes de pression, économiquement puissants, militent depuis quelques années pour l’ouverture généralisée, le dimanche, de centres commerciaux et de galeries marchandes. Ils souhaitent obtenir une libéralisation de la loi du 13 juillet 1906, qui stipule que « le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche. »
Après tout, disent-ils, chacun devrait pouvoir être libre de prendre son repos hebdomadaire quand il veut. Ils arguent que 67% des Français sont favorables à l’ouverture des magasins le dimanche, tout en minimisant, bien sûr, le fait que la moitié d’entre eux seulement est prête à travailler ce jour-là. Ils avancent que le dimanche permettrait une fréquentation des grandes surfaces commerciales plus calme et plus ludique que les autres jours de la semaine où le stress est souvent au rendez-vous.
Dernièrement, des hommes politiques, s’appuyant sur la crise financière et économique mondiale, veulent assouplir la législation actuelle. Ils affirment que l’élargissement du travail dominical contribuerait à relancer l’économie et à créer des emplois. On peut cependant en douter, car la relance ne viendra pas de l’élargissement de la surface de vente mais de l’augmentation du pouvoir d’achat de nos concitoyens.
On connaît, bien sûr, des professions qui sont autorisées à travailler le dimanche (services aux personnes, commerces de proximité, hôtels et restaurants, entreprises de transports, de loisirs, de spectacle, etc.). Certains magasins sont ouverts exceptionnellement les dimanches avant Noël. Mais faut-il élargir cette autorisation et généraliser le travail dominical ? Les arguments en faveur de cet élargissement, tels que je viens de les résumer plus haut, paraissent à beaucoup comme devant s’imposer. Ne sont-il pas d’ailleurs l’expression d’une culture qui privilégie les individus et leur choix ? Certains de nos contemporains, y compris de nos hommes politiques, pensent d’ailleurs que l’évolution vers une généralisation du travail dominical est inéluctable.
Je crois pourtant qu’une telle tendance à élargir le travail du dimanche est néfaste à notre vie sociale.
Elle est néfaste tout d’abord pour la vie familiale. Si le père a son jour de repos hebdomadaire le lundi, la mère le mercredi et les enfants le dimanche, quel temps de vie et de repos en famille va-t-il être encore possible ? N’a-t-on pas pourtant libéré le samedi de tout travail scolaire pour favoriser le week-end familial ? Ces mesures contradictoires semblent révéler que nous sommes-là devant une absence de vrai projet de société. Or, les familles ont besoin d’être soutenues. Le Conseil des questions familiales et sociales de la Conférence épiscopale rappelait récemment que, grâce au repos dominical, « chacun dispose du temps pour se reposer, vivre en famille, rencontrer les autres, avoir une vie sociale et bénéficier des diverses propositions culturelles, sportives, etc., qui lui sont offertes. ». Le dimanche est : « le temps des retrouvailles entre générations, adultes, jeunes et enfants quelles que soient leurs activités…Il permet de libérer un temps pour le jeu et la conversation entre les hommes. » (Documents Episcopat n°1/2008 : Le dimanche, au risque de la vie actuelle).
Elle est néfaste aussi pour la vie d’une société. Une société qui ne reconnaîtrait plus le repos dominical pour tous est une société qui se serait totalement soumise aux exigences de l’économie et de la consommation. Or, l’homme ne se réduit pas à un simple acteur économique. Non, « l’homme ne vit pas que de pain » (Mt 4, 4). Le dimanche permet de s’affranchir du quotidien et de la société de consommation pour souffler, prendre un peu de recul, avoir mieux conscience des questions fondamentales de la vie. Les êtres humains ont besoin de se consacrer aussi à des activités qui ne peuvent être calculées, mesurées ou exprimées en termes économiques, notamment pour leur équilibre intérieur, voire spirituel. « Dès lors, élargir l’ouverture des magasins le dimanche reviendrait à banaliser ce jour et à faire passer les lois du commerce avant la dimension conviviale, familiale et spirituelle de l’existence. Il n’y aurait plus de jour de congé hebdomadaire commun. Cela accentuerait l’atomisation de la société française. » (Document cité plus haut). Beaucoup de nos contemporains peuvent se reconnaître dans cette défense du dimanche et combien plus, nous chrétiens, pour qui le dimanche comme Jour du Seigneur revêt une signification toute particulière !
Non, décidément cette promotion du travail du dimanche n’est pas une bonne idée !
+ Jean-Pierre cardinal Ricard
#1 by de Savigny on 7 novembre 2008 - 17:21
Je ne suis pas d’accord pour l’ouverture des magasins le dimanche. Nous tenons avec mon mari une librairie-papeterie dans une petite ville. Nous avons besoin d’avoir une vie personnelle, familiale, culturelle, sportive et amicale. Nous profitons de ce temps de repos hebdomadaire pour ces activités.
#2 by dupuis on 8 décembre 2008 - 11:00
Artisan qui travaillait 6 jours sur 7 et dont l’épouse était employée de commerce nous n’avions que la dimanche pour être ensemble .
Nous sommes donc par expérience pour le repos dominical