Editorial du père Michel ANGLARES lu dans la lettre hebdomadaire ( 4-11 février 2009) Dessine-moi une espérance n°369 de la maison d’Eglise Notre-Dame de Pentecôte située à la Défense :
Les besoins de la société et des individus requièrent l’exercice d’un certain nombre de professions, de jour comme de nuit, jours ouvrables comme jours fériés. Pour autant faut-il généraliser le travail dominical même et surtout s’il doit concerner essentiellement les activités commerciales ?
Trois objections se dressent à l’encontre de cette perspective. En premier lieu, le lien social est suffisamment délité dans notre société pour ne pas aggraver cette déficience dont beaucoup de nos contemporains se plaignent. Avoir un jour où nous pouvons nous rencontrer en famille, entre amis, se détendre ensemble, prier ensemble… est indispensable à l’équilibre de chacun et à celui des collectivités. Certaines personnes
« haïssent le dimanche » car elles s’ennuient ferme ce jour-là et ressentent davantage la solitude. Raison de plus pour elles et celles qui les entourent de développer une vraie convivialité à travers des activités ludiques, associatives, sportives ou autres… Un jour de congé hebdomadaire qui soit le même pour tous offre la possibilité de développer des relations gratuites et amicales plus difficiles à établir dans la vie professionnelle et qui le seraient également si les jours de repos s’étalaient dans toute la semaine.
En second lieu, l’ouverture des commerces le dimanche revient à vouer une fois de plus un culte au dieu « argent ». Faire de ce dernier une idole à laquelle tout est sacrifié nous a conduits dans l’impasse actuelle qui s’appelle la crise financière et économique. N’avons-nous donc aucune leçon à en tirer ? Pour des étudiants, des personnes aux revenus limités, travailler un jour férié est évidemment intéressant. Est-il impossible d’imaginer d’autres moyens de rémunération, une distribution moins inégale de l’argent, permettant à ces personnes de pouvoir goûter un vrai repos hebdomadaire doublé de rencontres amicales ?
Enfin, selon le législateur, le travail dominical serait réservé aux seuls volontaires. Qui peut y croire ? La machine une fois lancée, les impératifs commerciaux et la peur du chômage aidant, qui aura la liberté de refuser les pressions de l’employeur pour venir travailler les jours fériés ?
Le préfet des Hauts-de-Seine vient de signer un document faisant de la Défense un site touristique. De ce fait, des commerces vont pouvoir ouvrir leurs portes le week-end. La principale raison avancée, fort louable, est d’animer ce lieu relativement déserté le dimanche. Cependant, ne peut-on faire venir du monde sur ce site par des propositions culturelles et ludiques plus attrayantes ?
Pour les chrétiens, le dimanche reste « le jour du Seigneur », celui où le Christ nous invite à participer à son eucharistie, à faire tous ensemble « corps avec Lui », à approfondir la foi, l’espérance et l’amour pour transformer le monde présent et annoncer de cette façon le monde à venir. Les circonstances de la vie peuvent empêcher les uns ou les autres de répondre ce jour-là au rendez-vous du Seigneur. Il n’en restera pas moins un jour privilégié pour permettre d’aviver notre communion avec Dieu, les uns avec les autres, et avec toute l’humanité.