Archive pour 24 mai 2010

La profanation du Dimanche : 10ème lettre

Xeme lettre : La profanation du dimanche, ruine de la santé.

5 juin.

Monsieur et cher ami,

I

Les impies ont des entrailles de bronze [49]. Vérifié par tous les faits de l’histoire et par les détails contenus dans ma dernière lettre, ce mot de nos divines Ecritures va l’être surabondamment, par les considérations que j’ai à vous soumettre aujourd’hui. Les impies qui ont introduit parmi nous la profanation du dimanche, aussi bien que leurs continuateurs dans cette œuvre d’iniquité, ont arraché au peuple les seuls biens qu’il possédait. Sa religion, ce n’est pas assez ; ses joies de famille, ce n’est pas assez ; son bien-être, ce n’est assez ; le sentiment de sa dignité, ce n’est pas assez. Il lui reste une dernière ressource : la santé, et il faut qu’ils l’en dépouillent.

La fortune de l’ouvrier, c’est sa santé. Or, la profanation du dimanche en est la ruine. D’une part, l’homme ne peut pas toujours travailler, il faut qu’il se repose ; d’autre part, il ne peut se reposer que le dimanche à l’église ou le lundi au cabaret. Je dois avant tout établir ma proposition : je rechercherai ensuite quelles sont les conséquences hygiéniques de ce double repos.

II

D’abord, l’homme ne peut pas toujours travailler. L’arc toujours tendu finit bientôt par perdre son ressort. De même l’homme qui voudrait toujours travailler, ne travaillerait pas longtemps. Les infirmités précoces, l’affaiblissement des organes, des maladies de plus d’une espèce, ne tarderont pas à venger la nature outragée dans ses lois et à condamner à un chômage forcé le téméraire, qui aura dédaigné de s’accorder le repos commandé par le Créateur. Le repos est donc une loi pour l’homme : comme il ne peut vivre sans manger, il ne peut vivre sans se reposer. Bon gré, mal gré, qu’il en ait, il faut que chaque soir il obéisse à ce besoin impérieux dont aucune découverte, aucun système, aucun progrès n’a pu jusqu’ici le rendre maître.

Mais ce repos de chaque jour suffit-il pour réparer dans une juste mesure les forces de l’homme et l’entretenir longtemps dans un état de vigueur et de santé ? Demandons la réponse non aux théologiens et aux Pères de l’Église, mais aux philosophes les moins suspects, aux médecins les plus expérimentés, aux physiologistes les plus habiles tant en France qu’à l’étranger. Voici d’abord un philosophe contre lequel n’ont rien à dire ceux que nous combattons.

Que doit-on penser, demande Rousseau, de ceux qui veulent ôter au peuple ses fêtes, comme autant de distractions qui le détournent du travail ? Cette maxime est barbare et fausse. Tant pis si le peuple n’a de temps que pour gagner son pain ; il lui en faut encore pour le manger avec joie ; sans quoi il ne le gagnera pas longtemps. Le Dieu juste et bienfaisant qui veut qu’il s’occupe, veut aussi qu’il se délasse. La nature lui impose également l’exercice et le repos, le plaisir et la peine. Le dégoût du travail accable plus les malheureux que le travail même. Voulez-vous rendre un peuple actif et laborieux ? Donnez-lui des fêtes… Des jours ainsi perdus feront mieux valoir les autres [50].

Suivant Rousseau, le repos ordinaire de chaque jour ne suffit donc pas ; il faut, à des intervalles réglés, un repos plus complet.

Il le faut, dit Cabanis, dans les ateliers clos ; surtout dans ceux où l’air se renouvelle avec difficulté. Là, les forces musculaires diminuent rapidement : la reproduction de la chaleur animale languit, et les hommes de la constitution la plus robuste contractent le tempérament mobile et capricieux des femmes. Loin de l’influence de cet air actif et de cette vive lumière dont on jouit sous la voûte du ciel, le corps s’étiole en quelque sorte, comme une plante privée d’air et de jour ; le système nerveux peut tomber dans la stupeur, et, trop souvent, il n’en sort que par des excitations irrégulières [51].

Il ne le faut pas moins, ajoute un observateur judicieux, dans les ateliers plus ouverts, où se rassemblent un grand nombre d’ouvriers. L’exercice même de leur profession et leur agglomération ne tarde pas à vicier l’air… L’atmosphère se trouve bientôt chargée d’acide carbonique, de miasmes délétères, de poussière et de molécules métalliques, toutes choses qui introduisent dans les organes pulmonaires des agents de destruction plus ou moins rapides. Aussi, presque partout où il existe des manufactures, des usines, des fabriques, une industrie de quelque genre que ce soit, qui exige le concours d’une grande quantité de bras, on est frappé de l’espèce de dégénération qui se manifeste promptement chez les individus.

Des visages pâles qui conservent une expression dure et repoussante, l’étiolement de la taille dans les hommes, une physionomie languissante et douloureuse dans les femmes, des enfants qui portent, dès leur entrée dans la vie, les marques indélébiles de la malédiction qui semble peser sur les auteurs de leurs jours : tel est l’affligeant spectacle que présentent communément ces réunions d’ouvriers. Si, pour nourrir leurs familles, ils ont dû se courber toute la semaine sur leurs métiers ou leurs établis, qu’au moins le dimanche chacun d’eux puisse se remettre des fatigues passées, et recueillir les forces qui lui feront ensuite reprendre le travail avec une énergie nouvelle [52].

Il le faut aux hommes, qui, travaillant au dehors, portent le poids du jouir : les uns, exposés au soleil, à la pluie, au vent, à toutes les intempéries des saisons, labourent la terre, et déposent dans son sein, avec la semence qui fructifiera, une portion de leur force et de leur vie ; les autres exploitent, avec de longs efforts, les forêts et les carrières ; ceux-là descendent dans les entrailles de la terre, et aventurent leur existence au sein des vapeurs mortelles que recèlent les profondeurs du globe, en butte aux éboulements, à mille accidents de toute espèce. Qui ne conçoit combien tous ces hommes, de professions si pénibles, ont besoin d’un repos réparateur ?

Il le faut aux hommes de cabinet, dont le travail agit plus que tout autre d’une manière désastreuse sur la santé. Il le faut particulière encore au commerçant assis dans son comptoir et à ceux qu’il associe à sa sollicitude. Pour peu qu’on réfléchisse sur le déploiement prodigieux d’activité, nécessité par le développement de l’industrie, par l’accroissement rapide des relations commerciales, par l’extension des opérations journalières des divers établissements de négoce, on demeure persuadé qu’une journée périodique de repos est devenue plus nécessaire que jamais.

Du temps de nos pères, les maisons les plus modestes où se faisait la vente des objets nécessaires de consommation, avaient tous les jours certaines heures de repos, pendant lesquelles le marchand s’enfermait, pour prendre en liberté des repas que suivaient quelques instants d’un loisir absolu. Un client qui se serait présenté pour faire ses achats eût été poliment invité à revenir dans un autre moment.

Aujourd’hui plus de répit. Le marchand et son commis prennent à la hâte leur repas sans discontinuer leurs opérations et leurs calculs, et, dans certaines villes, les fatigues du commerçant sont encore augmentées par les veilles prolongées, d’où cette foule de maladies dont la liste remplit des pages dans les physiologies médicales. Loin donc que le jour du chômage religieux soit devenu moins utile pour cette classe d’hommes, on doit reconnaître, au contraire, que, pour eux, il faudrait l’inventer, s’il n’existait pas : car c’est peut-être pour eux que ces bienfaits ont le plus d’à-propos [53].

III

Il est donc bien évident que le repos ordinaire de chaque jour ne suffit pas à l’homme ; sa santé exige de temps en temps un repos plus complet. Telle est la conclusion de la science, et nous verrons bientôt que telle est aussi celle de l’expérience. Je dis mal ; car déjà notre expérience personnelle ne nous laisse aucun doute sur ce point. Mais à quels intervalles doit revenir ce repos pour être vraiment réparateur ? Si les jours que vous chômez sont trop fréquents, le malaise, la fatigue du désœuvrement et les conséquences funestes qu’elle engendre dénaturent votre institution. Si des intervalles trop grands les séparent, l’inconvénient de la fatigue trop prolongée subsiste, et le repos incomplet ne réparera qu’à demi la perte des forces.

Il n’y a, pour résoudre ce problème important, que deux moyens : la révélation et l’observation [54]. Or, le Dieu qui a créé l’homme et qui a mesuré ses forces, lui a dit, Tu te reposeras le septième jour. Et toute science, toute philosophie s’est inclinée muette devant la loi du Seigneur. Des essais ont été faits avec grand fracas pour lui substituer des lois humaines, et ces lois éphémères sont devenues un objet de dérision et de mépris.

Tu te reposeras le septième jour, quelle que soit la nature de tes occupations, et cela sous peine des plus graves périls pour ta santé et même pour ta vie : telle est aussi la conclusion à laquelle conduit l’observation approfondie des lois physiologiques de l’homme.

Ecoutons là-dessus un célèbre médecin protestant, le docteur Fur. Dans un rapport adressé au Parlement anglais, il s’exprime en ces termes : « L’observation du dimanche doit être comptée non seulement parmi les devoirs religieux, mais parmi les devoirs naturels, si la conservation de sa vie est un devoir, et si l’on est coupable de suicide en la détruisant prématurément, Je ne parle ici que comme médecin, et sans m’occuper d’aucune manière de la question théologique [55]. »

Ainsi, à moins d’accuser Dieu même d’imprévoyance, la Révélation de mensonge, l’observation la plus consciencieuse de rêverie, notre expérience personnelle d’illusion, il faut reconnaître deux choses : la première, que le repos est nécessaire à l’homme ; la seconde, que le repos ordinaire de chaque jour ne suffit pas, et qu’il faut donner à un repos plus complet un jour sur sept. C’est un point désormais acquis à la discussion [56].

Agréez, etc.

Pas de commentaire

Mgr Dufour : « L’Eglise se renouvellera par le dimanche »

Un nouvel article de Hélène Bodenez de Liberté politique :

Dans cette montée vers le grand dimanche concluant la semaine des semaines, la Pentecôte, les chrétiens commémorent le jour où Dieu envoie l’Esprit Paraclet, le « défenseur ». Dans la Tradition, l’Eglise fête précisément le don à Israël de la Torah et de la Révélation. Sur la chaîne de télévision KTO, l’archevêque d’Aix et Arles, Mgr Dufour, dit sa foi et son espérance dans le dimanche.

Interrogé par Roland Gosselin sur son « rêve » pour ses « communautés de demain », le prélat répond : « Je crois que l’Eglise se renouvellera par le dimanche… C’est le dimanche, un matin de Pâques que l’Eglise est née, Pâques et Pentecôte, et chaque matin de Pâques, c’est-à-dire chaque premier jour de la semaine, l’Eglise s’est rassemblée autour du Christ ressuscité ; s’est laissée transformée dans l’amour du Christ, chaque premier jour de la semaine… Un des axes fondamentaux de mon service d’évêque dans le diocèse d’Aix et Arles sera de faire revivre le dimanche pour une Eglise missionnaire. »

Mgr Dufour développe une belle analyse sur le renouveau à venir de la catéchèse mais sa conclusion de l’interview autour du dimanche éclaire et donne sens à tout le propos. Il  est soucieux de transformation de « l’être chrétien », du renouveau des paroisses. Le président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat affirme doucement mais sans ambages que le « moteur » spécifique de cette transformation passera par un presbyterium renouvelé, par « la sainteté des prêtres », et non par « des stratégies pastorales ».

La famille

Ne cachant pas son admiration pour la démarche actuelle de conversion des communautés chrétiennes qui sont responsables de l’annonce de la foi, cet aîné de huit enfants du Nord, met la famille au cœur des préoccupations. Catéchiser les enfants reste une urgence pour l’Église mais il y a sans doute dans nos temps actuels à repenser beaucoup de choses, à catéchiser notamment les parents. L’ancien évêque de Limoges entend « montrer un chemin catéchétique », que les parents « puissent se laisser transformer par l’esprit du Christ, qu’ils puissent aller à la découverte du Christ, et vivre de son Evangile… L’on ne peut pas catéchiser les enfants si l’on ne permet pas à la famille de découvrir aussi le Christ de vivre elle-même de cette vie chrétienne. »

Parmi les propositions de catéchèses, il y aura donc celles pour les enfants, celles pour les parents… Mais aussi, et c’est très intéressant, des « catéchèses intergénérationnelles » et des catéchèses proposées à toute la communauté de la paroisse, « des dimanches catéchétiques, des dimanches où l’on va prendre le temps du matin et sans doute un peu de l’après-midi pour que ce jour-là il y ait une catéchèse de la communauté ».

Catéchèses du dimanche, dimanches catéchétiques ? Qu’est-ce à dire ? Une catéchèse qui ne sera pas qu’enseignement, où l’enseignement fera partie bien sûr de la catéchèse, mais une catéchèse « reliée à la liturgie de l’Église ». L’on « intègre à ces journées la liturgie du dimanche », ces catéchèses, comme l’Évangile nous y invite, auront vocation à être « ferment de transformation de la vie »

Sans regarder en arrière, l’archevêque a déjà commencé son œuvre d’évangélisation par le dimanche. Ancien aumônier général-adjoint des scouts de France, il va marcher le dimanche après-midi après la messe avec les jeunes et observe avec bonheur « le décrassage que permet la marche », « l’acquisition d’une certaine sérénité » citant Vincenot, « on ne pense bien qu’en marchant ».

Fin de l’émission. On se dit, heureux, que le bon Dieu a de l’humour. Symbolique en effet que la défense du dimanche par des chrétiens renouvelés soit portée par un évêque des Bouches-du-Rhône, le département par lequel le scandale de la légalisation du travail dominical est arrivé. Il se pourrait bien en cette Pentecôte 2010, qu’il soit désormais le département, fort de deux diocèses fervents, par qui le Salut continuera d’être donné en abondance particulièrement le dimanche.

Pas de commentaire

Encadrer le capitalisme

Lu à la page 12 du dernier numéro de L’Homme Nouveau, dans un article de Benjamin Guillemaind :

« Ainsi le libéralisme finit par dévoyer les trois régulateurs de la société traditionnelle : la propriété privée qui devient absolue, les corps intermédiaires  qui sont abolis et le pouvoir politique, l’Etat, dont le rôle de garant du bien commun est contesté en permanence au nom de la liberté du marché. Aujourd’hui la mondialisation rend le pouvoir financier incontrôlable, apte à toutes les manipulations. L’économique domine le politique, impuissant à redresser la situation. La plupart liés à l’argent ont un point commun : le prêt à intérêt. Est-il moral de « faire travailler son argent » même le dimanche ? »

Pas de commentaire