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Quel est l’impact de l’ouverture des commerces le dimanche ? La réponse de Laurent Lesnard, directeur de recherche au C.N.R.S (1).

En nous appuyant sur les résultats de l’enquête « Emploi du temps » publiée par l’INSEE en 2010, nous avons pu quantifier le travail dominical plus finement que ne le permettent les très lacunaires sources statistiques habituelles.

En 1974, 6,5 % de la population active en activité travaillait le dimanche. En 2010, cette proportion grimpe à près de 14 %. En quarante ans, la proportion de salariés concernés par le travail dominical a donc plus que doublé.

Sur ces 14 %, 10 % travaillent hors domicile, notamment dans le commerce, et 3,7 % à domicile. Cette distinction, qui n’avait pas encore été mise en relief, est très importante : les salariés concernés sont très différents, de même que l’impact sur leur vie sociale.

Travailler a un effet évident sur le temps consacré aux autres activités, y compris en semaine. Nous avons donc souhaité aller au-delà, en isolant l’effet propre au travail du dimanche sur le temps conjugal ; celui que les deux parents passent avec leurs enfants ; le temps que chacun des parents passe seul avec ses enfants ou le temps consacré aux amis.

Nos résultats montrent qu’il n’y a pas d’effet spécifique du travail dominical sur le temps conjugal. En revanche, il a un effet très important sur le temps parents-enfants et le temps consacré aux amis, s’il s’agit d’un travail hors domicile. La perte de sociabilité est alors multipliée par deux. En cas de travail dominical à domicile – qui concerne au premier chef les professions intellectuelles et artistiques – la pénalité ne pèse que sur le temps consacré aux amis.

L’effet propre au dimanche s’explique par la synchronisation des emplois du temps : ce jour-là, tout le monde est disponible. À l’inverse, le temps de repos compensateur prévu dans la semaine ne permet pas de compenser la perte de sociabilité : les enfants sont à l’école, le conjoint et les amis au travail…

Le travail dominical est le plus souvent contraint. Les salariés interrogés dans l’enquête « Emploi du temps » qui travaillent le dimanche sont plus nombreux que les autres à souhaiter passer plus de temps avec leur famille. De même, si les deux tiers des salariés n’ont pas le choix de leurs horaires, cette proportion grimpe à 86 % pour ceux qui travaillent le dimanche.

Les salariés concernés sont souvent peu qualifiés, et sont donc à ce titre plus exposés au risque de chômage. Enfin, le travail dominical s’inscrit souvent dans une semaine déjà atypique, marquée par des horaires fragmentés, décalés la nuit ou le matin, qui sont sources d’une moindre sociabilité familiale.

(1) Auteur avec Jean-Yves Boulin de l’étude « Travail dominical, usages du temps et vie sociale et familiale : une analyse à partir de l’enquête Emploi du temps », dans Économie et statistiques n° 486-487, 2016.

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