Lu sur le site internet de L’Humanité

Après avoir obtenu la généralisation des ouvertures du dimanche dans les magasins de bricolage en 2014, l’enseigne va diminuer de moitié les majorations accordées aux salariés à partir du mois de mai, à rebours de ses engagements antérieurs.

On se souvient des manifestations de salariés orchestrées par le patronat du bricolage et de l’ameublement en 2012 et 2013, Bricorama en tête, pour réclamer la généralisation du travail du dimanche. À l’époque, ces salariés clamaient leur volontariat pour effectuer ces heures dominicales payées triple, avec un repos compensateur. Mais aujourd’hui c’est la douche froide. À partir du 1er mai, les heures travaillées le dimanche ne seront plus payées que le double des heures ordinaires avec un repos compensateur. L’aboutissement d’un long travail de sape de la direction qui, après avoir appâté les salariés par une décision unilatérale en 2003, pérennisée en 2006 et 2011, fixant la majoration des heures dominicales à 200 % avec attribution d’un repos compensateur, a profité de la première occasion pour faire fondre ces avantages. À savoir, la signature d’un accord de branche par la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC en 2014, n’obligeant les employeurs des enseignes de bricolage à ne majorer qu’à 100 % ces heures dominicales, avec attribution d’un repos compensateur.

À l’occasion d’un comité central d’entreprise en décembre dernier, la direction s’est lancée dans un processus de dénonciation de sa décision unilatérale, tout en promettant de compenser le manque à gagner par le biais d’une prime pendant un an. « On avait prévenu dès 2011 que la direction reviendrait sur ces majorations », souligne Denis Da Cruz, délégué syndical national Force ouvrière (FO) chez Bricorama. Son syndicat, opposé aux ouvertures dominicales, avait poursuivi l’enseigne en 2012 et obtenu gain de cause à plusieurs reprises pour condamner Bricorama à laisser le rideau fermé le jour du Seigneur. À l’époque, c’était en effet en toute illégalité que l’enseigne ouvrait ses magasins ce jour-là. Jusqu’à ce que le lobbying agressif du patron de Bricorama, Jean-Claude Bourrelier, ne porte finalement ses fruits en obtenant en 2014 du gouvernement des dérogations pour légaliser ces ouvertures dominicales. Un mouvement fortement médiatisé qui avait constitué le terreau de la loi Macron, permettant l’extension du travail dominical dans les commerces, bien au-delà du bricolage.

Le travail du dimanche n’attire pas plus de clients

La CFDT de l’enseigne, qui estime que la perte de revenus peut s’élever jusqu’à « 300 euros par mois » pour certains salariés, a de son côté appelé à l’ouverture d’une négociation d’un accord d’entreprise pour obtenir des contreparties plus favorables. Le syndicat rappelle, dans une lettre ouverte au PDG de Bricorama, que certains concurrents appliquent des majorations supérieures, comme Castorama, qui majore les heures dominicales de 150 %.

Dans un courrier adressé aux salariés fin janvier dont l’AFP se fait l’écho, Bricorama explique que cette dénonciation est « nécessaire » pour que l’entreprise « puisse exploiter ses magasins sur un modèle économique comparable à ses concurrents directs », « s’adapter à une situation économique tendue » et « permettre » l’application de l’accord de branche du 23 janvier 2014. Une nouvelle démonstration que l’extension des amplitudes horaires ne crée pas de richesses, mais ne peut constituer au mieux qu’un avantage concurrentiel temporaire pour le magasin qui en bénéficie tant que les autorisations d’ouvertures dominicales ne sont pas généralisées à l’ensemble des enseignes. « L’analyse des chiffres montre qu’au cumul depuis le début de l’année, nous n’avons reçu que le même nombre de clients qu’en 2013 alors que nous avons le bénéfice de l’ouverture du dimanche », avait d’ailleurs admis dès août 2014 Jean-Claude Bourrelier dans une publication interne.

« Le risque est que la prochaine étape soit d’intégrer les dimanches dans les plannings des salariés et de supprimer le volontariat, puisque, avec les baisses de majoration, les salariés trouveront le travail du dimanche moins intéressant », souligne Denis Da Cruz. En attendant, le mécontentement gronde chez les salariés, « y compris une partie de ceux qui avaient milité pour les ouvertures du dimanche », assure le délégué FO, qui espère que les élections présidentielle et législatives amèneront à un changement de ligne politique du gouvernement sur les ouvertures dominicales.

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