Lu dans Famille chrétienne de cette semaine, sous la plume de Gabrielle Cluzel :

Deux candidats à la présidentielle se sont affrontés sur la question de l’ouverture des magasins le dimanche. Celui qui y est favorable a taclé l’autre en raillant la sacro-sainte « blanquette de veau en famille » des « petits-bourgeois ». Plat préféré du commissaire Maigret, la blanquette de veau fleure la France pompidolienne. Tranquille et prospère, celle-ci fut l’âge d’or, en effet, du petit-bourgeois, qui n’a rien de méprisable, puisqu’il n’est rien d’autre qu’un pauvre ayant réussi, grâce à ses efforts et à un ascenseur social pas encore tombé en panne.

On ne devrait pas se moquer de la blanquette, de la paupiette, ni d’aucune de ces recettes appartenant à notre patrimoine gastronomique longtemps mitonnées. Il n’y a qu’autour du repas dominical que la famille se retrouve et se parle. En semaine, comme dit la chanson, « elle cooouurt toute la journée », éparpillée façon puzzle, chaque membre ayant ses activités, sa scolarité, sa carrière à mener, ses horaires particuliers : à l’heure où l’on devrait passer à table, les parents sont encore au boulot, le grand au judo, et la nounou met les petits au dodo avant de prendre le métro.

Il est vrai que la blanquette de veau demande plus d’efforts que le McDo. On ne peut pas la saisir avec les doigts, ni la tremper dans le ketchup, il arrive qu’elle ne soit pas assortie de frites, elle n’octroie aucun cadeau, et l’on ne peut pas se précipiter dans la piscine à bulles quand, autour d’elle, la conversation des adultes devient ennuyeuse. Bref, elle participe de l’éducation. Concept exhalant sans doute, aussi, des odeurs de petite bourgeoisie, mais qui a du bon, non ?

 

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