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Faut-il généraliser le travail du dimanche notamment en ouvrant les grandes surfaces? La question divise. Robert Beck, auteur de «L’histoire du dimanche de 1700 à nos jours» (ed. L’Atelier), explique comment le repos dominical s’est imposé. Interview.

Initialement le dimanche, c’est le jour du Seigneur…

Absolument. Le changement commence au XVIIIe siècle, le dimanche religieux se transforme en un jour de fête.L’église ne joue plus un grand rôle, mais ailleurs, dans les régions plus pratiquantes, le dimanche est à la fois un jour de religion et de fête. Par exemple, en Bretagne, département bien catholique, on allait à la messe, en sortant la fête commençait.

Mais le samedi était travaillé…

Tout à fait. Mais il y avait un autre jour, souvent le lundi, notamment dans le milieu de l’artisanat qui était chômé. C’était une coutume pour eux.

À partir de quand sommes-nous passés à deux jours de repos hebdomadaires ?

Après 1918, on commence à introduire ce qu’on appelle «la semaine anglaise» qui comprenait un samedi après-midi libre en plus du dimanche. Le week-end naît avec le Front populaire mais il a connu des problèmes notamment avec les 30 Glorieuses car il y avait trop e travail. Ce n’est qu’après la crise des années 70 que le week-end et la semaine des 40 heures se sont véritablement imposés.

A-t-il fallu se battre pour cela ?

Tout à fait. C’est un acquis social autour de deux notions : le repos et la famille. On a découvert dans la seconde moitié du XIXe siècle, qu’accorder un certain repos à l’ouvrier augmentait sa productivité. Mais il y avait aussi le contrôle du temps libre, car on ne voulait pas du tout que les gens le passent dans les cabarets. Il y a là, non seulement les dangers de l’alcool mais aussi du socialisme. C’est là qu’on peut préparer des grèves, avoir des idées révolutionnaires… Donc, on va essayer de maîtriser les temps populaires en privilégiant le repos en famille.

Les gens favorables au travail du dimanche remettent donc en cause cet acquis social…

Et même plus que cela. Si on regarde le rôle que joue le dimanche dans le temps social, c’est vraiment le repère dans notre perception du temps. C’est autour du dimanche que tout s’organise : le temps hebdo maire, le rythme scolaire…

À quoi sert le dimanche ?

À se reposer. Il faut aussi y inclure le samedi soir, donc ça sert aussi à faire la fête. Les formes de sociabilités autour de la culture dominicale se sont un peu perdues ces dernières années. Mais on invente de nouvelles comme le brunch, les randonnées…

Ceux qui défendent le travail du dimanche disent que c’est un gain économique… ?

Je me demande toujours si le dimanche, j’ai plus d’argent dans ma poche que les autres jours! Les grands magasins dont le chiffre d’affaires augmente le dimanche vont probablement diminuer pendant la semaine et leur activité peut se faire au détriment des petits commerces qui avaient cette clientèle dominicale. En Bavière, une des régions les plus riches d’Europe, seuls trois ou quatre dimanches sont ouverts par an et dès le samedi après-midi,des magasins ferment : l’argument économique n’est pas valide.

Que dit la loi française ?

En France, on n’a pas une loi sur le repos du dimanche mais sur le repos hebdomadaire, c’est qu’alinéa n1 1 que dans la mesure du possible, il faut mettre ce repos le dimanche. En 1906, quand la loi a été promulguée, le gouvernement anticlérical cherchait à limiter la dimension religieuse. Dès le début, cette loi a laissé pas mal de possibilités, les dérogations étaient énormes. C’est comme cela que nombre de petits commerces, comme les boulangers, ont pu ouvrir dès le début, idem pour les transports publics.

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