Abbé LemireL’abbé Lemire, un « compagnon d’humanité »: Hazebrouck fête son ancien maire, précurseur du christianisme social.

Député et maire d’Hazebrouck (Nord) au début du XXe siècle, ce précurseur du catholicisme social a en effet été à l’origine de nombreuses réformes comme l’instauration du repos dominical, mais aussi les premières allocations familiales, les congés maternité, la réglementation du travail des enfants ou du travail de nuit des femmes…

Et c’est pour que son souvenir reste que s’est créé, il y a trois ans, l’association Mémoire de l’abbé Lemire. Celle-ci est aussi à l’origine de l’Année Lemire, célébrée en 2003 pour les cent cinquante ans de sa naissance. C’est juste après la publication par Léon XIII de l’encyclique Rerum novarum, en 1891, que l’abbé Lemire, alors professeur à Hazebrouck, décide de s’engager en politique.

Élu député du Nord en 1893, il sera constamment réélu jusqu’à sa mort en 1928 ; « le plus long mandat parlementaire ininterrompu de la IIIe République », précise Gilbert Louchart, président de Mémoire de l’abbé Lemire et petit-neveu du prêtre. Attaché à la dignité des ouvriers, l’abbé Lemire fonde, en 1896, la Ligue française du coin de terre et du foyer, qui a notamment pour objectif la création de jardins ouvriers. Élu maire d’Hazebrouck en 1914, il doit faire face à la guerre et à l’évacuation de la ville. Avant de s’atteler à la reconstruction d’une cité détruite par les bombardements, il bâtira un hôpital, une maternité, installera gaz et électricité et créera une société d’HLM…

Mais cette intense activité politique n’est pas du goût de tous. On accuse l’abbé de prendre parti contre l’Église, tandis que l’évêque de Lille interdit aux prêtres de donner l’absolution aux lecteurs du Cri des Flandres, le journal créé pour soutenir l’action de l’abbé. En octobre 1913, l’évêque de Lille oblige même ce dernier à lui demander l’autorisation de se présenter à toute élection… L’abbé Lemire refuse et est suspens a divinis. Cette sanction, qui lui interdit de célébrer les sacrements, sera finalement retirée deux ans plus tard, à la demande de Benoît XV.

Fin mars, venu à Hazebrouck célébrer l’anniversaire, l’actuel évêque de Lille a rendu à l’abbé Lemire un hommage au goût de repentance. « Son message n’a pas été compris dans le monde catholique d’alors, en particulier par mes prédécesseurs », a reconnu Mgr Gérard Defois. « Parti sans mandat ni soutien institutionnel, dans un périple moral et spirituel inconnu, il s’est fait compagnon d’humanité avec des hommes qui, à la fin XIXe siècle, ont souvent cru promouvoir le progrès en tournant le dos à l’héritage catholique, a-t-il rappelé. En devenant homme politique, il est resté homme de Dieu. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui il nous parle. »

Effectivement, l’abbé Lemire parle toujours aujourd’hui. Témoin : le site Internet que lui ont consacré une dizaine d’élèves du collège du Sacré-Cœur d’Estaires, à une dizaine de kilomètres de Vieux- Berquin, son village natal. Comme l’explique simplement Adeline, 14 ans : « Il a réalisé tellement de choses que j’avais envie de faire découvrir son œuvre. » Le site, très bien réalisé, présente aussi les grands rendez-vous de l’Année Lemire.

Article tiré du site Croire.

Site consacré à l’Abbé Lemire.